Qualifié d'office pour la CAN Orange 2012 en tant que pays coorganisateur, le Gabon se prépare grâce à un programme de matches amicaux. Au menu des Panthères, vendredi et dimanche : l'AS Monaco et les Etalons du Burkina Faso. Entretien avec Gernot Rohr, un sélectioneur aux idées claires.
Gernot, vous êtes à pied d’œuvre depuis le début de la semaine avec vos joueurs dans la région niçoise. Qu’attendez-vous de ce rassemblement ?
J’attends d’abord que l’on travaille bien ensemble, avec une semaine complète d’entraînements. Nous avons d’excellentes conditions de travail dans une région que je connais très bien. Nous sommes rassemblés à Carros, dans les environs de Nice, où j’avais déjà organisé des mises au vert quand j’entraînais l’OGC Nice. C’est très agréable pour moi de diriger la sélection dans ce cadre.
Le premier des deux matches, vendredi à Draguignan contre l’AS Monaco, sera caritatif…
Oui. Nous allons jouer dans un stade qui avait été inondé lors des graves intempéries du printemps dernier. On jouera pour les sinistrés.
L’un des joueurs que vous avez retenu, l’attaquant Pierre Emerick-Aubameyang, joue en club avec l’AS Monaco. Est-il possible qu’iil dispute une mi-temps dans les deux équipes ?
Pas du tout. Il va jouer avec nous toute la rencontre. C’est une date FIFA, la sélection nationale a donc la priorité. Nous serons un peu diminués, en raison de l'absence de Bruno Ecuele Manga en défense. En revanche, dans le camp monégaque, il y aura un jeune Franco-Gabonais que nous observons : Frédéric Bulot, qui est un jeune milieu de terrain. Il n’a pas encore choisi entre la France et le Gabon.
Vous ne craignez pas que votre adversaire joue ce match sans mettre beaucoup d’intensité, vous privant d’une opposition consistantes ?
Non, je ne pense pas que les Monégasques soient dans cet état d’esprit. Ils seront pratiquement au complet, avec notamment toute leur ligne défensive dont la doublette Hansson-Puygrenier. Quoiqu’il arrive, notre objectif n’est pas de gagner à tout prix, mais de donner du temps de jeu à tous les joueurs. Cinq connaîtront-là leur première cape.
Dimanche, soit 48 heures après le match contre Monaco, vous retrouvez le Burkina Faso à La Bocca. Cette équipe est comme le Gabon dirigé par un ex-coach de Ligue 1, à savoir Paulo Duarte. Vous connaissez bien les Etalons ?
On a pu s’apercevoir avec les éliminatoires de la précédente CAN qu’ils ne manquaient pas de qualités. J’ai repéré en particulier Jonathan Pitroipa, le milieu offensif du Hambourg SV, qui est un joueur très percutant et capable de faire de grosses différences. J’ai vu qu’il y avait également Habib Bamogo dans cette équipe, là aussi, je suis en terrain connu…
D’autres sélections africaines ont profité de l’assouplissement des règles de la FIFA pour attirer des joueurs binationaux. Cela a notamment été le cas de l’Algérie, que vous avez d’ailleurs battue chez elle en août dernier. Comptez-vous aller dans le même sens ?
On a déjà commencé. Notre deuxième gardien Anthony Mfa Mezui, qui joue au FC Metz, avait déjà joué en équipe de France dans les catégories de jeunes. Cela dépend évidemment du réservoir dont on dispose, et l’Algérie, en rapport avec la taille du pays et l’émigration vers la France, a plus de choix évidemment.
Des voix se sont elévées en Algérie pour reprocher au sélectionneur Rabah Saâdane d’oublier les joueurs locaux. Pensez-vous qu’un dosage entre locaux, professionnels et binationaux soit nécessaire ?
La réponse varie selon le contexte de chaque pays. Le Championnat du Gabon n’est pas des plus faciles, au niveau des conditions de jeu. Mais il y a quelques clubs (Mangasport, FC 105, Missile, US Bitam) qui se détachent et qui comptent de bons joueurs. Cela ne change pas grand-chose : les recruteurs ne vont pas chercher en priorité dans ce pays, qui n’est pas exposé médiatiquement. Beaucoup de ces footballeurs mettent donc du temps à se voir offrir une chance de devenir professionnels en Europe. Ce qui ne nous empêche pas de les convoquer en équipe nationale si nous pensons qu’ils peuvent apporter quelque chose.
« Je me suis installé à Libreville »
Au printemps dernier, la CAF avait mis un coup de pression sur le Gabon, à propos de la construction des stades pour la CAN et de l’améliioration des infrastructures. Vous êtes rassuré aujourd’hui ?
Oui. On a vu les chantiers, les travaux avancent bien, c’est même spectaculaire. Je n’ai absolument aucune inquiétude. Soyez donc rassurés !
Vous avez succédé ce printemps à Alain Giresse, non reconduit au terme de son contrat de quatre ans. Vous inscrivez-vous dans une certaine continuité ?
J'ai déjà vécu ça moi-même, de ne pas voir les dirigeants me prolonger. Les acquis du travail de mon prédécesseur servent en quelque sorte de base, ce qui ne m'empêche pas d'apporter des idées nouvelles et de changer certaines habitudes...
Après la Coupe du monde, certains pays ont décidé de confier la sélection à un technicien local. De quoi relancer le débat sur les « sorciers blancs ». En tant qu’entraîneur européen, que pensez-vous de ce débat ?
L’expression « sorcier blanc » n’a pas lieu d’être. Quelle que soit notre origine, nous sommes tous des hommes, avec nos qualités et nos défauts et, je l’espère, plus de qualités que de défauts (rire). Notre mission n’a rien à voir avec la sorcellerie, et tout avec le travail et la solidarité. Mon staff est en partie noir, avec un adjoint, un entraîneur des gardiens, des soigneurs et des kinés gabonais.
Dans ces nouvelles fonctions, vous êtes secondé par une personne que vous connaissez bien : José Cobos, votre adjoint. Quel est son rôle ?
José est mon bras droit, il m’aide notamment sur la préparation physique. Il est très proche des joueurs et peut m’aider à faire passer les messages. Cela fait encore peu de temps qu’il a arrêté sa carrière, il est donc resté un peu « joueur » dans l’âme.
Comment êtes-vous organisés ? Vous êtes basés à Libreville ?
Oui, nous sommes tous les deux installés en permanence là-bas. Nous allons régulièrement en France pour observer les joueurs et préparer les regroupements. Pour les autres pays de la diaspora, la Fédération met des moyens à notre disposition pour nous procurer des DVD des prestations de nos expatriés.
Pensez-vous qu’il soit nécessaire pour le sélectionneur d’une équipe africaine de vivre dans le pays en question ?
Je le crois. C’est à mon avis nécessaire pour s’imprégner de la mentalité locale et pour superviser les joueurs locaux. Nous gardons à l’œil les moins de 17 ans, les moins de 20 ans et la sélection A’, engagée dans le CHAN, qui est réservé aux joueurs locaux.
Le Gabon ne jouera aucun match à enjeu d’ici au coup d’envoi de la Coupe d’Afrique. Comment allez-vous cultiver l’esprit de compétition de vos hommes dans ces conditions ?
Avec trois mots d’ordre : travail, mental, solidarité. La Coupe du monde a montré qu’il ne suffisait pas d’avoir des grands joueurs pour faire une grande équipe.
Propos recueillis par Patrick Juillard (Rédaction Football365/FootSud)