Il y a six mois, l’Afrique du Sud donnait le coup d’envoi du Mondial. Alors que la fin d’année approche, c’est l’heure des bilans, et ils sont mitigés pour la nation arc-en-ciel.
La fin de l’année approche, et avec elle l’heure des récompenses et des bilans. L’Afrique du Sud n’échappe pas à la règle. Six mois après le coup d’envoi de « sa » Coupe du monde, la nation australe commence à disposer d’un peu de recul pour analyser les retombées de l’événement planétaire. Et le verre est à motié-vide, ou à moitié-plein, c’est selon… Premier constat : la compétition a attiré un peu plus de 300.000 visiteurs. Un mois durant, les étrangers ont dépensé près de 400 millions d'euros dans le pays, apportant un demi-point à la croissance qui a atteint 3% en 2010, après une contraction de 1,9% en 2009.
Au-delà des chiffres bruts, les économistes sont partagés sur l’impact en profondeur de cette Coupe du monde. « Sans le Mondial, nous aurions davantage souffert dans cette période de redressement post-récession. On en a aussi retiré un sentiment de fierté nationale et une confiance dans nos propres capacités », estime Gillian Saunders, du cabinet d'audit Grant Thornton, cité par l'AFP. Un enthousiasme que relativise Mike Schussler, directeur de la firme de conseil Economists.co.za : « Le pays a gagné un peu d'argent, mais beaucoup moins que prévu. On a gagné un peu de croissance, mais on se retrouve avec des stades à rembourser sur les bras. Il va falloir s'incliner: à court terme, on ne gagne pas d'argent avec un Mondial ! »
Au contraire, l’Afrique du Sud, première puissance économique du continent en avait dépensé beaucoup, plus de quatre milliards d'euros pour ériger les dix stades de la compétition, rénover des routes, muscler son dispositif policier. Se pose désormais la question de l’amortissement de ces investissements massifs. Quid par exemple des stades de province, tel celui de Polokwane, dans le nord du pays, dont les frais d’entretien annuels se montent à 120 millions d’euros ? L’enceinte n’a accueilli aucun événément majeur depuis le mois de juillet. Et il ne s’agit pas d’un cas isolé. Au Cap (sud-ouest), le consortium entre un Sud-Africain et le Stade de France a jeté l'éponge en octobre. Motif de ce revirement ? Le risque de « pertes substantielles ». Les deux opérateurs avaient pourtant obtenu l'exploitation du Green Point Stadium pour 30 ans…
Aujourd'hui, le ministre du Tourisme, Marthinus van Schalkwyk, préfère faire valoir l'effet à long terme. « Il n'a jamais été uniquement question d'accueillir une compétition mais aussi de laisser un héritage », estime le représentant du gouvernement, mettant en avant des bénéfices « en termes d'image ». De ce point de vue là, le pari a été réussi : la Coupe du monde a bénéficié de la mobilisation enthousiaste de la population et la sécurité des visiteurs a été parfaitement assurée. De quoi donner corps à un autre rêve national : accueillir les Jeux Olympiques 2020.
Patrick Juillard (Rédaction Football365/FootSud)