Trésor Lomana LuaLua fait partie de ces attaquants élégants, techniques, solides physiquement qui ont toujours fait la réputation du football congolais. Alors que le Mercato estival vient de commencer, le capitaine des Léopards nous a confié qu’il avait envie de changer d’air et que la Ligue 1 serait un beau challenge pour booster sa carrière. Entretien coup de cœur.
Trésor Lomana LuaLua, comment s’est terminée pour vous la saison avec l’Olympiakos ?
Nous avons dû laisser notre titre au Panathinaïkos, mais nous avons réussi à préserver la deuxième place qualificative pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. C’est un moindre mal, car le club a encore une chance de retrouver la principale compétition européenne.
Votre contrat prend fin le 30 juin, allez-vous rester en Grèce et à l’Olympiakos en particulier ?
Le contrat de six mois signé en janvier offre une option de prolongation de deux années. Je ne vous cache pas que je n’ai pas une idée claire de ce qui va se passer.Je vais attendre la désignation du nouveau manager et voir quelle politique de recrutement et de renforcement il compte réellement mener. J’ai besoin de connaître tout cela pour me décider. Ce qui est sûr, c’est que j’ai envie de jouer dans un club stable ambitieux.
En clair, vous partirez si l’ambition n’est pas au rendez-vous ?
Pour prendre la décision, il faut être deux. Je veux entendre l’autre partie me dire qu’elle a envie que je reste et pour quel projet. Pour l’instant, je profite de mes vacances.
Après un début remarquable avec le club grec, les choses ont mal tourné. Vous avez connu le banc, une blessure puis, pour finir, vous rejoignez Al-Arabi, un club de Doha. Un exil doré, alors que vous êtes encore jeune (27 ans) ?
Nuance. Ce transfert n’était pas mon idée. J’ai pratiquement été mis au pied du mur. L’Olympiakos s’était entendu avec Al-Arabi alors que je sortais d’une opération de l’appendicite. Je l’ai appris deux jours avant la fin du mercato d’hiver. Pour ne pas tout perdre, j’ai accepté. Je ne garde pas un grand souvenir de l’expérience de Doha
Mais alors pourquoi revenir au Pirée pour un contrat de six mois ?
Parce que le club disputait la Ligue des Champions et parce que je mourais d’envie de prouver qu’on avait eu tort de me faire partir.
Parlons de l’avenir. Dans quel autre Championnat aimeriez-vous jouer si vous mettez fin à l’expérience grecque ?
(Sans hésiter). Je pense avoir fait le tour du football anglais, je n’ai pas forcément envie d'y revenir, sauf offre exceptionnelle. Par contre, la Ligue 1 serait un beau challenge. Oui, franchement le championnat de France me conviendrait parfaitement.
Pour la plupart des joueurs de la RD Congo, la Belgique et la France sont des cases presque obligées. Vous ne faites rien comme les autres ?
(Rires). C’est parce que je suis arrivé tout petit (ndlr : il avait 9 ans) en Angleterre. Ce pays m’a façonné footballistiquement. Il a toujours fait partie de mon environnement. Mais pour tout vous dire, le Championnat belge ne me tente guère.
Dans quel club aimeriez-jouer en France ?
Le jeu de Bordeaux me plaît vraiment, même si Laurent Blanc vient de partir. Et puis, il y a Lyon, Paris et Marseille.
Ce serait forcément un club qui joue la Ligue des Champions ?
(Catégorique) Non ! Mais j’opterai pour un club stable, ambitieux, avec un projet. J’aime être au départ d’une belle aventure.
Courant mai, vous étiez en stage en Autriche avec la sélection nationale, comment vont les Léopards ?
Nous sommes dans une phase avancée de la reconstruction. Il y a un bon groupe, jeune, talentueux et volontaire.
A 29 ans seulement vous faites figure de « patriarche » en quelque sorte ?
J’apporte mon expérience. Je suis en sélection depuis 2004. Les jeunes joueurs ont besoin de repères. Je suis également une sorte d’intermédiaire entre les jeunes éléments et le staff technique.
C’est-à-dire ?
Je n’hésite pas à prendre mon téléphone et à parler aux jeunes joueurs expatriés qui hésitent encore à rejoindre la sélection. Je leur explique que le pays a besoin de réunir toutes ses forces et que ça vaut la peine d’essayer.
Et vous êtes convaincant ?
Je pense. Ils sont de plus en plus à l’écoute et certains ont déjà franchi le pas.
La RD Congo possède un potentiel exceptionnel, pourtant les bons résultats tardent à venir, comment expliquez-vous ce retard à l’allumage ?
La faiblesse de nos moyens et de notre organisation et tous les problèmes extra-football retardent la construction d’une grande équipe. Croyez-moi, le talent individuel, nous l’avons. Cela dit, même quand les moyens existent, l’addition de talents ne produit pas forcément un feu d’artifice. Toutes proportions gardées, regardez ce qui se passe au Real Madrid depuis quelques années.
La Coupe du Monde commence ce vendredi, comment voyez-vous la participation africaine ?
Cela va être difficile pour toutes les équipes, qu’elles soient africaines ou européennes. Un événement mondial, c’est très particulier.Toutes les équipes sont poussées magiquement vers l’excellence. Je sens qu’il va y avoir des surprises. C’est tout ce que je peux dire.
Vous allez suivre la compétition ?
Bien sûr. Je vais même assister avec un ami au match Nigeria - Grèce du 19 juin.
Une Coupe du Monde, cela donne envie. Frustré de ne pas y être ?
Frustré, non. Dans une compétition, il y a les équipes qualifiés et les autres élminées. Mon équipe fait partie de la deuxième catégorie. Il nous reste à relever le défi dans quatre ans (grand éclat de rire).
Propos recueillis par Fayçal Chehat (Rédaction Football365/FootSud)