Le Sénégal qui retrouve durablement sa place sur l’échiquier continental, c’est l’ambition du nouveau président de la Fédération, Augustin Senghor. Avec nous, il évoque le championnat qui reprend, ainsi que ses projets à long terme, avec la stabilité de l’Egypte comme exemple.
Me Augustin Senghor, le football sénégalais a connu une crise sans précédent après l’élimination de l’équipe de la Coupe du monde et de la CAN Orange 2010. Vous arrivez aujourd’hui avec un nouveau projet. Quelles ont été vos motivations ?
Comme tout sénégalais, j’ai eu mon cursus dans le monde sportif. Et j’ai été meurtri personnellement par l’état de notre football qui peinait à s’organiser et ne parvenait pas à répondre aux espoirs suscités par la campagne de 2002. Les présidents de clubs m’ont alors coopté pour faire partie du comité de normalisation du football. Et là, je pense que l’ange de la reconstruction m’a tenté et j’ai décidé de me présenter à la présidence de ce qui apparaît comme une cause nationale.
Samedi est une date importante pour le football sénégalais à deux niveaux. Il y a le tirage au sort de la CAN 2012 et le début du championnat. Personnellement, où serez-vous ?
Je serai à Dakar sur des installations sportives. C’est le week-end du début du championnat en province. Le championnat commence dans la capitale dimanche avec le derby entre Niary et Jeanne d’Arc. Mais, on aura une oreille à Lubumbashi où le Sénégal est dans le second chapeau. On a tous envie de connaître nos futurs adversaires.
L’équipe nationale, justement vient de conclure plusieurs rencontres amicales, dont la Grèce le 3 mars. C’est la preuve que les Lions de la Teranga continuent à attirer…
Aujourd’hui, le Sénégal n’est pas à sa vraie place. La preuve, plusieurs nations qualifiées à la Coupe du monde nous ont contacté pour des matchs de préparation. Pour le nouvel attelage technique, c’est l’occasion d’entrer de plein pied dans la préparation de la campagne éliminatoire de la prochaine CAN.
Justement, quels sont vos objectifs ?
Notre but est de travailler à l’émergence d’une nouvelle génération. Nous n’avons plus envie de faire une politique de coups, nous mettons en place une politique de moyen et long termes. Nous sommes d’avantage dans la perspective de 2014, 2016, 2018, même si on serait content que les résultats arrivent tout de suite. Nous voulons bâtir un socle résistant aux changements de génération à la différence des génération spontanées que nous avons eues jusqu’ici. C’est pour cela que le travail ne concerne pas que l’équipe A, nous voulons aussi donner corps et puissance aux petites catégories et à l’équipe locale, qui seront des pourvoyeurs pour les compétitions continentales.
Est-ce en raison de ces objectifs qu’un tel renouvellement des cadres a été effectué ? Est-ce la fin de la génération dorée ?
Qui dit avenir dit construire avec des jeunes. Il faut travailler avec des jeunes qui peuvent avoir une marge de progression aussi bien sur le plan individuel qu’au niveau collectif. Mais, nous avons aussi des objectifs de résultats immédiats pour pouvoir mettre notre politique en place et c’est pour ça qu’on ne peut pas exclure des joueurs autour de la trentaine. Mais, il faut pour cela que le joueur soit compétitif et performant avec son club. Il y a pas mal de joueurs qui pourraient apporter, mais nous insistons aussi sur la discipline. Les joueurs qui viennent en sélection doivent être exemplaires, doivent se rappeler de ce qu’ils représentent au niveau national. Le choix des techniciens doit être dicté par tous ces éléments.
On a beaucoup parlé de la non-sélection d’El Hadj Diouf. Est-il condamné ?
Aucun joueur n’est condamné. Cette génération a rendu tellement de services à la nation que ce serait injuste de les envoyer à l’abattoir. Mais nous devons être plus exigeants à leur égard, et ils doivent savoir qu’il y a des règles et qu’ils doivent se fondre dans le moule.
Vous avez fait le choix d’un sélectionneur local plutôt qu’un entraîneur européen. Quelles en ont été les motivations ?
Comme je l’ai dit, nous en avons terminé avec la politique de coups. Nous voulons planifier et rationnaliser. C’est pour ça que nous avons fait le choix d’un entraîneur du crû, qui peut s’inscrire dans un projet de long terme. Les entraîneurs étrangers viennent souvent pour une mission de court terme, ils ne restent pas. L’exemple qui doit nous inspirer est celui de l’Egypte, qui a un entraîneur local, qui est soutenu et protégé par ses dirigeants. Il suffit de se rappeler l’incident avec Mido. Shehata a été soutenu par le peuple et les dirigeants et il en est ressorti plus fort. Résultat, avec un effectif relativement stable, ils ont gagné les trois dernières CAN.
Le championnat reprend avec une nouveauté qui est la diffusion en télévision. Quels sont les termes de l’accord ?
La RTS (Radio Télévision Sénégalaise) a fait des efforts. Il y aura la diffusion d’une rencontre en direct toutes les journées de championnat et un magazine consacré à la 1ère Division les lendemains de match. C’est une première dans un pays comme le nôtre. Nous croyons vraiment au potentiel du football local mais il manquait de visibilité. La télévision va pouvoir montrer leur talent et pousser les gens à retourner dans les stades, ce qui amènera plus de sponsors, donc plus de moyens pour la préparation des clubs, et pour les joueurs.
Les CAF Awards auront lieu à Accra alors qu’ils étaient initialement prévus à Dakar. Que s’est-il passé ?
A ce jour, je n’ai reçu aucun document, aucune lettre, ni fax m’informant que la Fédération sénégalaise devait accueillir une cérémonie. N’ayant jamais été saisi, je n’ai pas le sentiment d’avoir été dessaisi de quoi que ce soit.
Que pensez-vous de la suspension du Togo pour les deux prochaines Coupe d’Afrique ?
Je suis membre de la commission de discipline de la CAF. Et comme tous les membres, je suis astreint à un devoir de réserve.
Un dernier mot, Monsieur le président…
Je voudrais lancer un appel à tous les Sénégalais, pour les inviter à cette nouvelle expérience. Et je donne rendez-vous au monde du football, le Sénégal sera bientôt de retour et on espère faire mieux qu’en 2002. Et pourquoi pas en 2014 ou 2018 être la première équipe africaine à jouer une finale de Coupe du monde.
Propos recueillis par Joseph Djomo (Rédaction Football365/FootSud)