C’est l’une des plus grosses surprises de l’histoire de la CAN. L’élimination du Sénégal, mercredi par la modestissime Guinée Equatoriale, a retenti comme un coup de tonnerre supplémentaire dans le ciel déjà lourdement chargé de Bata. Avec deux défaites, sur le score frustrant de 2-1, en deux matches, les Lions de la Teranga ont failli à honorer leur rang de favoris, acquis à la faveur d’éliminatoires remarquablement maîtrisées, dans un groupe présenté comme celui de la mort et qui comportait l’Ile Maurice, mais aussi le Cameroun et la RD Congo. Les matches amicaux d’avant-CAN, pourtant, avaient déjà diffusé le doute dans les esprits des supporters et observateurs des Lions de la Teranga. Où étaient passés les attaquants à la puissance de feu rarement égalée, les Moussa Sow, Papiss Cissé, Demba Ba, Dame N’Doye et autre Mamadou Niang, lors de ces rencontres petitement remportées (1-0), face au Kenya puis au Soudan ? On ne le sait pas, mais la vérité des matches de préparation n’étant pas toujours celle de la phase finale, on se disait qu’ils pourraient se réveiller. Ce ne fut pas le cas. La tête ailleurs – deux ont été transférés pendant le rassemblement de la CAN – ou fatigués par trop d’efforts, les canonniers ne firent pas parler la poudre comme on l’attendait d’eux.
Le mal étant sans doute plus profond. Avant que les Lions de la Teranga ne posent le pied en Guinée Equatoriale, leur capitaine, Mamadou Niang, avait déjà livré son diagnostic, en forme de mise en garde pour lui et ses partenaires : pointant la faiblesse dans la construction du jeu et le déchet technique affichés, l’ancien Marseillais avait appelé toute l’équipe à rectifier le tir. Ce ne fut pas le cas : les lacunes affichées début janvier n’avaient pas disparu comme par enchantement une fois le coup d’envoi de la CAN donné. Quant au sélectionneur, il ne saurait être exonéré de ses responsabilités. Lors de la publication de sa liste, la présence de trois milieux de terrain seulement (Rémi Gomis, Guirane Ndaw et Mohamed Diamé), tous de profil technique peu ou prou identiques, avait suscité le scepticisme. Dépourvu de créatif, voire de relayeur ou de bon manieur de ballon, l’entrejeu sénégalais n’a jamais su (pu ?) exister au cours de cette CAN. Et comme la défense, habituel socle de l’équipe, faillit à sa mission d’entrée face à la Zambie, il n’était pas possible d’espérer grand-chose, d’autant que l’attaque souffrait des mêmes maux que le milieu, avec surabondance de profils identiques (beaucoup de purs axiaux, un seul ailier – Issiar Dia). On connaît la suite…
Si l’on jette un coup d’œil dans le rétroviseur, l’on se rend compte que l’histoire a tendance à se répéter pour les Lions de la Teranga, qui jamais n’ont pu rugir jusqu’à brandir la Coupe d’Afrique. Leur élimination précoce, cette année encore, n’est pas une première dans la plus prestigieuse des compétitions africaines. Depuis sa première participation à une phase finale de la CAN en 1965, le Sénégal a connu cinq fois les affres d’une élimination au premier tour et seulement quatre participations aux quarts de finale en douze éditions. Les deux moments clés du football sénégalais ont eu lieu en 1990 avec une quatrième place à Alger et entre 2002, au Mali (une finale à Bamako) et 2006, en Egypte (une demi-finale). In fine, le constat est implacable : les Lions de la Teranga ne font toujours pas partie des équipes incontournables de la CAN.
La débâcle vue par les supporters
Patrick Juillard, avec Fayçal Chehat (Rédaction Football365/FootSud)