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EXCLU365 - TUNISIE / A.BOUMNIJEL :

« La Tunisie n’est pas en danger »

© panoramic EXCLU365 - TUNISIE / A.BOUMNIJEL : « La Tunisie n’est pas en danger »
Rédaction Football365.fr / FootSud
 
mercredi 11 août 2010 - 00h12

Le nom d’Ali Boumnijel restera à jamais lié au triomphe de la Tunisie lors de la Coupe d’Afrique des nations 2004. L’ancien gardien de but des Aigles de Carthage vient de voir sa reconversion comme entraîneur national brutalement (et provisoirement ?) interrompue par la nouvelle direction du football tunisien. Il se confie en exclusivité et sans langue de bois à Footafrica365.

 

On ne peut vous interviewer sans évoquer votre longévité en tant que joueur professionnel. Vous avez gagné un trophée majeur à 38 ans et disputé une Coupe du monde à 40 ans. Ce n’est pas banal, quel est votre secret ?
L’eau de jouvence ! (Grand éclat de rire) Je plaisante, bien sûr. Il n’y a jamais eu de secret. J’avais une hygiène de vie irréprochable et une manière de travailler rationnelle. Cela m’a préservé des blessures. Et puis, il y avait l’ingrédient essentiel, le plaisir de jouer. Jusqu’au bout, je n’ai pas connu de lassitude.

Vous aviez une autre qualité, la fidélité. En 20 ans de carrière, vous n’avez connu que cinq clubs. Un phénomène rare de nos jours…
Il faut dire que je me suis souvent trouvé dans des clubs où il faisait bon y être. Au FC Gueugnon, par exemple, mon premier club professionnel, il y avait une belle authenticité, des valeurs solides et beaucoup de respect. Sans oublier l’ambition. Le FC Gueugnon m’a mis en quelque sorte sur de bons rails.

Vous comprenez l’évolution actuelle, avec ces joueurs en perpétuel changement ?
Certainement pas. Je pense que la stabilité est importante autant pour le club et pour le joueur. Pour faire du bon travail et espérer des résultats, il faut deux ou trois ans. Hélas, le mercato et l’avidité des joueurs et de leurs managers a changé la donne. Les joueurs ont tendance, dans leur grande majorité, à favoriser le portefeuille au détriment de la carrière sportive. C’est dans l’air du temps, on y peut rien ou pas grand-chose.

Revenons à votre carrière de joueur, en dépit de votre talent et de votre professionnalisme, vous avez longtemps été barré par Choukri El-Ouaer en équipe nationale. Vous considériez cette situation comme juste à l’époque ?
(Ferme). Vue de l’extérieur, l’explication  paraît assez simple. Mais croyez-moi, ça ne l’était pas.

C’est-à-dire ?
En arrivant de France, à une époque où le recours aux expatriés n’était pas courant, je dérangeais un peu. Après des débuts compliqués en 1991, j’ai dû renoncer à la sélection. L’ambiance était difficile pour celui qui ne faisait pas partie des deux grandes familles du football tunisien. Je veux parler bien sûr de l’Espérance de Tunis et du Club Africain. En étant le dernier rempart de l’EST, El-Ouaer devenait de facto indéboulonnable. L’arrivée de Kasperzack en 1997 a fait bouger les choses. Le Franco-Polonais a voulu apporter une mixité et réussir un plus grand brassage en faisant appel à des joueurs de l’Etoile du Sahel, du Club Sportif Sfaxien et à quelques professionnels évoluant en Europe.

Reconverti comme entraîneur, vous avez finalement gravi quatre à quatre les échelons mais avec des résultats inégaux. D’abord, vous avez participé en tant qu’entraîneur des gardiens à la CAN Orange 2010, comment expliquez l’élimination des Aigles de Carthage au premier tour ?
Je crois qu’il nous a manqué un ou deux mois de préparation. Le nouveau staff technique dirigé par Faouzi Benzarti n’a pas eu le temps de choisir les meilleurs joueurs au moment « M ». Il faut dire que l’élimination du Mondial avait causé  des dégâts importants. De nombreux joueurs étaient démolis psychologiquement, notamment par la violence des critiques de la presse locale.

Peu de temps avant d’Angola, vous aviez pris du galon en devenant le sélectionneur de l’équipe nationale juniors que vous ne réussissez pas à qualifier pour la CAN et le Mondial. Vous avez été marqué par cet échec ?
Sans chercher à me dédouaner, je dois dire que j’ai pris cette mission en cours de route. C’était une pige de trois mois. En dépit du talent incontestable de nos joueurs, nous avions besoin d’un travail au long cours. Contre le Sénégal, nous avions commencé par ramener un bon point de Dakar (0-0) avant d’échouer sur un coup dur sort au retour (0-1). J’aurais voulu une mission de deux ou quatre ans avec pour objectif de mettre ces jeunes en position d’intégrer un jour l’équipe nationale A.

« La sélection a besoin de trois ou quatre leaders... »

Puis, vous devenez l’adjoint de Samir Trabelsi à la tête de l’équipe A. Cette fois, le bilan est plus flatteur, notamment avec une qualification des locaux pour le Championnat d’Afrique des nations (CHAN)…
Dieu sait que cela ne fut pas facile. Avant même de commencer à travailler, nous entendions les ricanements des uns et des autres. Il ne fallait pas nous confier cette responsabilité car nous étions, paraît-il, sans expérience. Après le match nul concédé à Tunis face au Maroc (1-1), nous étions montrés comme des moins que rien. Mais finalement l’équipe est passée après une sortie héroïque à Casablanca (2-2). Avec l’équipe A, dont nous avions assuré un court intérim après le départ de Faouzi Benzarti, nous avons montré, notamment contre la France (1-1) qu’il était possible de réaliser de belles choses grâce à une philosophie de jeu audacieuse. Notre mission a pris fin avec l’arrivée de la nouvelle direction de la Fédération.

Pour ce match, vous aviez milité pour le rappel de quelques « bannis », nous pensons particulièrement à Selim Benachour, le milieu offensif de Malaga…
Effectivement. Je ne comprenais pas que Selim Benachour, Mehdi Nafti ou Fahid Ben Khalfallah, des professionnels aussi doués et compétitifs puissent rester à l’écart de la sélection.

Mais Fahid Ben Khalfallah avait refusé de disputer la CAN en Angola ?
Le Valenciennois faisait partie de ces joueurs meurtris par l’élimination du mondial et démoli par les critiques des médias. À ce moment-là, il avait la tête dans le sac. Il était de notre devoir de l’aider. Nous avons eu une franche explication avec lui avant de le rappeler.

Après toutes ces missions, vous disparaissez de l’organigramme. Pourtant, il semblerait que Bertrand Marchand, le nouveau sélectionneur, a proposé de faire de vous un adjoint. Que s’est-il passé ?
Le nouveau bureau, présidé par M.Ali Hasfi Djeddi (élu en mai 2010) n’a pas voulu donner suite à cette proposition. Cela m’aurait pourtant plu de travailler avec Bertrand Marchand que j’ai connu au Club Africain. Entre nous deux existe une grande estime réciproque.

Avez-vous eu des explications du bureau fédéral ?
Aucune. J’ai demandé  à rencontrer son président, mais je n’ai pas eu de  réponse. Pourtant, j’aurais bien aimé connaître les arguments de ceux qui m’ont écarté sans ménagement de la Direction Technique nationale.

Vous ne faites donc plus partie de la DTN ?
Non.

Que comptez-vous faire, travailler au sein d’un club?
C’est une expérience qui me tente. J’ai eu quelques touches, notamment en France et aux Emirats arabes unis. Mais c’était il y a deux ou trois mois. Aujourd’hui, avec la reprise des compétitions, peu de places sont libres dans les staffs. De toute façon, pour m’engager, j’ai besoin d’un vrai projet sportif.

Parlons un peu de l’avenir des Aigles de Carthage. Comment expliquez-vous leur défaite contre le Botswana (0-1) lors de la première journée des éliminatoires de la CAN Orange 2012 ?
Cela a un rapport direct avec le calendrier. Il y a d’abord l’intronisation tardive du nouveau sélectionneur. Puis, cette date catastrophe. Comment peut-on espérer mobiliser efficacement des joueurs toujours en phase de préparation avec leurs clubs ? Ce jour-là, notre équipe n’a pas pris les choses par le bon bout. Et comme sur un match tout est possible, les Botswanais ont saisi leur chance.

Vous êtes inquiet pour la suite ?
Non, la Tunisie n’est pas en danger. Je pense, cependant, qu’elle n’a plus de joker à faire valoir.

Au-delà des contingences liées au calendrier, à la préparation et au staff technique, ne pensez-vous pas que les Aigles de Carthage souffrent de l’absence d’un vrai  leader ?
Pour trouver un équilibre et se forger une personnalité, une équipe a besoin de trois ou quatre leaders. Des joueurs tels Ben Khalfallah, Haggui et surtout Nafti  peuvent former ce noyau dur.

La Tunisie a toujours eu de grands gardiens, quels sont les héritiers ?
Hamdi Kasraoui (RC Lens) peut espérer une belle carrière à condition d’avoir plus de temps de jeu au plus haut niveau. Aymen Balbouli, l’actuel titulaire, a une marge de progression. Derrière, des jeunes pointent le bout du nez. Mais la Tunisie doit faire un sérieux effort dans le domaine de la formation des gardiens de but. Dans ce domaine, nous devons suivre l’exemple de la France.

Vous avez suivi la CAN 2010 (de l’intérieur) et le Mondial, avez-vous été séduit par des gardiens africains en particulier ?
Je place en tête de liste Vincent Enyeama. Le Nigérian a fait un grand Mondial malgré l’élimination de son équipe au premier tour. Par ailleurs, j’ai bien aimé le Ghanéen Richard Kingson dont les progrès sont manifestes. Pour l’avenir, je mettrais une pièce sur le jeune gardien algérien, Raïs Mbolhi. Il a tout ce qu’il faut pour réussir : sérénité, confiance, atouts physiques et techniques.

Propos recueillis par Fayçal Chehat (Rédaction Football365/FootSud)

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