Thomas Dossevi, comment réagissez-vous à la décision de la CAF d'exclure le Togo des deux prochaines éditions de la CAN ?
Je suis profondément choqué. Pour nous, c'est un scandale et on se dit que c'est vraiment parce que c'est arrivé au Togo que la CAF peut se permettre de prendre une décision pareille. Si c'était arrivé à la Côte d'Ivoire ou au Cameroun, qui sont les deux plus grosses nations du football africain, ils ne pourraient pas leur faire des choses pareilles. Nous nous sentons surtout trahis car quand notre bus a été mitraillé et que nous étions sur le point de prendre la décision de partir, la CAF nous avait certifié qu'elle nous soutiendrait, que nous partions ou restions. C'est pour ça que l'on se sent vraiment trahi. D'autant que si nous nous sommes permis de prendre les trois jours de deuil pour nos morts, c'est justement parce que l'envoyé de la CAF nous avait certifié de son soutien.
Vous venez d'avoir Emmanuel Adebayor au téléphone. Qu'avez-vous l'intention de faire par rapport à cette décision ?
Nous comptons sur la Fédération togolaise pour faire appel et nous espérons que le Gouvernement va saisir les instances internationales. J'espère aussi que la FIFA et l'UEFA vont s'en mêler, même si la CAF n'a rien à voir puisqu'elle est vraiment une instance spécifique au football africain. Cette décision est grave. C'est comme si durant la Coupe du Monde, un joueur de l'équipe de France était touché dans un attentat, que l'équipe de France se retirait de la compétition et qu'elle était éliminée des deux prochaines Coupes du Monde. C'est quand même un scandale !
Cette histoire vous fait-elle prendre conscience du peu de poids qu'a le Togo dans le football africain par rapport à des pays comme le Cameroun, la Côte d'Ivoire ou l'Egypte ?
Oui, c'est clair, nous en avons conscience. Mais ce qui est dommage c'est que la CAF, elle, n'a pas conscience de l'incidence que cette décision va avoir sur le football togolais. Si cette décision est entérinée, elle va entraîner la retraite internationale de joueurs togolais.
Feriez-vous partie des joueurs qui prendraient leur retraite internationale dès aujourd'hui ? Adebayor aussi ?
Oui, nous y avons réfléchi. Beaucoup de joueurs pensent que ce serait inutile de ne revenir que dans quatre ans. Ça serait une grande tristesse pour nous. Mais si la CAF fait ça, c'est qu'elle veut qu'il y ait une incidence sur l'équipe nationale et sur le football en général.
« J'espère que la FIFA va trancher en notre faveur »
Que vous reproche réellement la CAF ? D'avoir quitté le tournoi ou d'avoir pris le bus plutôt que l'avion pour vous rendre à Cabinda ?
Il n'y a jamais eu de consignes officielles par rapport à ça, il faut bien se le dire. En cas de consignes officielles, nous n'aurions jamais fait notre stage de préparation à Pointe-Noire (RD Congo), qui se situe à 70 km de Cabinda. Non, je pense surtout que la CAF a un problème avec le gouvernement togolais et qu'ils veulent tout simplement nous écarter de toutes les compétitions internationales. A leurs yeux, on est peut-être des trouble-fête alors que nous ne sommes que des victimes dans cette histoire.
Les mauvaises relations entre la CAF et le Togo datent-elles de plusieurs années ?
Il doit y avoir des histoires antérieures à ce qui s'est passé à Cabinda. Mais comme la Fédération togolaise et le Gouvernement ont saisi un pool d'avocats pour tenter d'éclaircir cette situation, le fait que le Togo cherche à se défendre après avoir été disqualifié fait peut-être que la CAF, avec cette double sanction, cherche à ce qu'il n'y ait plus jamais de problèmes avec le Togo, tout simplement.
Par rapport à ça, pensez-vous que l'éventuel appel du Togo ait des chances d'aboutir ?
Oui car il y a un acharnement de la part de la CAF. C'est pour ça que j'espère que si nous faisons appel, les instances internationales vont trancher en notre faveur. On verra. En tout cas, je pense que notre Fédération va faire appel.
Si cette génération de joueurs togolais devait mettre un terme à sa carrière internationale dans ce contexte, ça serait vraiment une drôle de fin…
Ça serait une fin déplorable, oui. Mais pour moi, tout a été mal jugé de A à Z par la CAF. Donc ça ne serait que la continuité d'un désordre organisé.